MAIN S., 50 Ways of saying fabulous

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MAIN S., 50 ways of saying fabulous, Nouvelle-Zélande, 2005.

           50 ways of saying fabulous se concentre sur l’histoire de Billy, pré-adolescent de douze ans, dans la « cambrousse » néo-zélandaise des années 1970. Rêveur et timide, il refuse de se conformer à ce que sa famille, sa maîtresse et les garçons de son âge attendent de lui : il n’est ni sportif, ni bagarreur, ni moqueur. Sa cousine Lou, à l’inverse, incarne la norme à laquelle les jeunes garçons doivent se plier. Capitaine de l’équipe de rugby, courageuse et menaçante physiquement, elle est non seulement respectée mais également obéie par les garçons de son âge. Depuis la mort de son père, elle doit lutter contre sa mère qui la force à devenir une femme, à porter soutien-gorge et cheveux longs.

           Le film  retrace le parcours identitaire et transgressif de ces enfants à l’aube de leur adolescence – période cruciale durant laquelle l’appropriation des corps et des sexualités par la norme hétéro-patriarcale devient définitive. Au cours de leurs jeux, il et elle incarnent les personnages de leur série préférée : Billy choisit l’héroïne tandis que Lou interprète le héros. Ces mises en scène demeurent très stéréotypées dans la mesure où Stewart Main semble se jouer des représentations que se font les deux enfants du féminin et du masculin. Le film expose un continuum entre genre, sexe et sexualité, que les jeunes personnages explorent et enfreignent. L’idée du genre comme un jeu est très présente, voire littérale, et son influence sur le sexe est omniprésente dans les questionnements des enfants. Une scène durant laquelle Billy, garçon en surpoids, s’interroge sur l’origine de ses seins est en ce sens interpellante. L’adolescent se demande si, à force d’interpréter une héroïne, il ne serait pas devenu physiquement une femme.

           Ainsi les enfants explorent le principe même de l’identité en tant qu’élément façonnable, modifiable, et inéluctablement sexué. Leur complicité sur le plan du jeu identitaire est mise en danger par l’arrivée d’un homme que les deux vont désirer.

           Le film est d’une légèreté parfois ironique à travers une atmosphère champêtre et niaise qui évoque par moments La Petite Maison dans la Prairie. La mise en scène, parce qu’elle use de clichés, contraste avec la force du propos. Derrière cette futilité apparente se cache la critique de l’injonction à la féminité ou à la virilité. Plus encore, il est poignant de voir des jeunes perdu-e-s face à ces injonctions qui déconcertent plus qu’elles ne structurent. 50 ways of saying fabulous met l’accent sur un continuum genre-sexe-sexualité pertinent en tant que concept, mais qui devient absurde et violent dès qu’il s’agit d’une norme identitaire. La perception innocente des personnages principaux nous invite à réfléchir une fluidité perpétuelle de l’identité. Si Billy ne propose pas un corps indéfini, il s’aventure vers le corps in-définitif.

Ophélie

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