Descraques R., Josselin J. et Tirel V., Les Dissociés

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Descraques R., Josselin J. et Tirel V., Les Dissociés, France, 2015, disponible en ligne sur la plateforme Youtube.

    J’ai découvert le film Les Dissociés en zappant de vidéo en vidéo sur Youtube. Le youtubeur Licarion Rock affirmait avoir vu des comédies françaises dont l’humour ne reposait, entre autre, ni sur le sexisme, ni sur l’homophobie. Un peu sceptique, je me suis empressée de regarder le film Les Dissociés. À ma grande surprise, Licarion Rock disait vrai. Certes, me direz-vous, mais est-ce pour autant un film queer ? J’y vois assez d’arguments.

    Le film suit l’aventure de Lily et Ben, un jeune couple hétérosexuel, qui se font littéralement voler leur corps par deux dissociés. Les dissociés ont la capacité d’échanger leur corps avec ceux des autres. Les voleurs, tous deux hommes, se retrouvent donc l’un dans le corps d’un homme, celui de Ben, et l’autre dans celui d’une femme, celui de Lily. Quant à Lily et Ben, les corps étant échangés par le biais du swap, ils se retrouvent dans le corps de deux hommes. Changer de sexe par le biais du swap est traité comme un fait par les protagonistes est non comme une problématique. La première curiosité pour elle et lui est le fait de changer de corps car les corpulences, les âges, ainsi que les habiletés, diffèrent. Le changement de sexe en revanche s’apparente davantage à la découverte d’un mystère, mais n’entraîne pas de changement de statut : tout au long du film les hommes n’éprouvent pas de honte à être dans un corps de femme, les femmes ne se sentent pas valorisées en entrant dans celui d’un homme. Les personnages explorent pourtant ces corps, et ce à la première personne, en découvrant des sexes différents. La question de la masturbation, et de la sexualité avec une autre personne que soi, est d’ailleurs soulevée. Une très belle scène d’amour entre Lily et Ben est ainsi développée dans laquelle il et elle ont emprunté par le swap un corps du sexe opposé au leur : ainsi il et elle découvrent de nouvelles sensations et décident de swaper tout au long de leur rapport, en effaçant ainsi peu à peu les frontières entre les corps et les sexes.

    Par ailleurs, la question de la transsexualité est évoquée avec humour, car un personnage en joue de manière très complexe, pourtant elle n’est jamais sujette à moquerie. Le film, par son principe de base, invoque une question essentielle : sommes-nous notre corps ou bien avons-nous un corps ? Il est intéressant de voir que lorsque des personnages sont introduit-e-s, leur sexe ne peut plus jamais être supposé : lorsqu’il l’est c’est souvent à tort. Les seuls personnages à faire de telles suppositions sont Lily et Ben eulles-mêmes car il et elle n’ont appris qu’un langage sexué binaire. Le corps apparaît comme un outil social, le sexe original ne traduit pas l’identité des personnages, bien que, pour des besoins scénaristiques, le prédicat de l’existence de l’âme lui confère un caractère essentialiste. Et c’est d’ailleurs le seul reproche que je pourrais opposer à ce film : la matérialisation genrée des âmes qui entre en contradiction totale avec la représentation générale des corps, des sexes et des genres.

    Le film navigue certes entre homme et femme, masculin et féminin. Néanmoins cette binarité est constamment mise en péril entre l’identité essentielle, les actes sociaux ou sexuels, et la représentation des corps. Le swap permet ainsi d’ouvrir un vaste panel de possibilités : garder son corps d’origine, changer de corps et de sexe uniquement dans le cadre de la sexualité comme le personnage de Léa, échanger régulièrement son corps toujours avec les mêmes personnes étendant ainsi les représentations sociales et sexuées de son identité, changer définitivement de corps et de sexe comme le personnage de Georges, alterner les changements de sexe comme le personnage de Terry, etc. Avec une donnée de base tout à fait binaire, le film en extrait l’absurdité, pour proposer, peut-être malgré lui, un hymne queer.

Ophélie

La bande-annonce

Le film en intégralité

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